Voilà ce que j'appellerais un OFNI. Un objet filmé non identifié. A la fois documentaire animalier, aventure humaine, réflexion sur la différence, et pourquoi pas conte mystique, je n'avais
jamais rien vu de tel jusqu'à présent.
Le héros du film, Timothy Treadwell, de son vrai nom Timothy Dexter, a passé ses 13 derniers étés (environ quatre mois à chaque fois), seul parmi les grizzly dans des régions reculées de l'Alaska. Avec sa caméra il a filmé des centaines d'heures compilées dans ce long métrage de 1Heure40.
Au départ sa mission consiste à éduquer le public. Pendant les autres mois de l'année il présente les ours aux enfants dans les écoles, gratuitement, simplement pour les sensibiliser sur le sujet et dans un souci de protection de l'espèce. Sa constance et son dévouement pour la cause animale lui valent une certaine célébrité.
Mais peu à peu on s'aperçoit que le film de Timothy va bien au delà du simple documentaire animalier. Il ne filme pas les ours à bonne distance, il va directement au contact, leur parle, se baigne avec eux comme s'il était l'un des leurs.
En allant plus loin dans le film, et en entendant le témoignage de ses parents, on apprend que Timothy a eu une enfance tout ce qu'il y a de plus normal. Néanmoins, il souhaitait devenir acteur, il a passé des essais mais a échoué. C'est cet événement qui lui fait peut-être vouloir s'échapper de sa condition d'homme. Il pense pouvoir trouver refuge dans le monde des ours. Il croit que c'est un monde plus simple. Mais c'est un monde différent qui répond à d'autres codes que les nôtres. C'est également un monde plus dur. La scène de combat qui oppose deux ours se battant pour une femelle est d'une brutalité hallucinante.
Son incompréhension du monde humain se transpose parfois dans celui du monde des ours. Il ne comprend pas qu'un mâle puisse tuer les petits d'une femelle simplement pour pouvoir s'accoupler à nouveau avec elle. Il ne conçoit pas que le manque de poissons conduise une mère affamée à manger ses propres petits. Timothy est entre deux mondes, il veut d'une certaine façon quitter celui des hommes pour lequel il ne se sent pas spécialement bien disposé, et entrer dans celui des ours auquel il n'arrive finalement pas à accéder. La différence entre l'humain et l'ours est trop grande. Et malgré ses efforts, il ne sera jamais vraiment un des leurs. Cette incapacité à trouver sa place, toujours en équilibre instable, rend le film troublant à bien des égards.
Se faisant, Timothy franchit une frontière entre le monde des humains et celui des ours et s'expose à un danger bien réel inhérent à sa proximité avec les ours. On s'aperçoit que c'est une quête de soi et que parmi les ours il se sent meilleur, utile enfin. La scène où il se filme en remerciant les animaux de l'avoir en quelque sorte révélé à lui-même avec des trémolos dans la voix et des larmes est d'une émotion très touchante.
Plus les images défilent et plus on s'attache à Timothy, tour à tour émouvant (les liens qu'il tisse au fil des années avec une famille de renards sont d'une beauté pure et naturelle) , un peu pathétique lorsqu'il insulte copieusement les hommes, agaçant à voir des braconniers partout ( il sombre parfois dans la paranoïa) , mais le plus souvent drôle et bouleversant. La scène la plus émouvante se situe lorsqu'il invoque tous les dieux de la terre pour faire pleuvoir. La chaleur est telle, il n'a pas plu depuis deux mois, que l'eau s'évapore et les saumons n'arrivent plus à remonter le fleuve, les ours n'ont plus rien à manger. Alors Timothy prie de toute son âme et miracle la pluie arrive.
J'occulte volontairement le big event, l'événement qui fait de ce film une pièce unique. Il est révélé relativement tôt dans le film, mais je préfère vous en laisser la primeur. C'est sans doute la chose la plus étonnante que vous verrez de votre vie dans un documentaire animalier.
Ainsi, si vous avez 1Heure40 devant vous, jetez un
œil à cet OFNI. Timothy est-il un illuminé, un acteur génial, ou tout simplement un être en quête de soi, à la recherche de sa vraie place dans le monde ? Peu importe finalement. Timothy ne vous laissera pas indifférent.
Stéphane le 14 Mai 2009
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