
Disintegration (1989). Un disque de The Cure.

The Stone Roses (1989). Un disque de The Stone Roses.
En 1989 je suis en classe préparatoire pour intégrer une école de commerce. A l'époque, c'est super tendance. Nous sommes en plein dans les années Tapie, qui connaîtront leur apogée un soir de 26
mai 1993 sous la forme d'une tête croisée imparable de Basile Boli au fond des filets du Milan AC.
J'ai déposé mon dossier d'inscription le dernier jour à la dernière minute, et si je suis en prépa c'est donc presque complètement par hasard. Très tôt j'éprouve une grande indifférence pour cet
univers, où règne l'émulation et la compétition. Entre les ambitieux aux dents longues qui rêvent déjà de jongler avec les millions, et ceux dont la place est déjà réservée dans l'entreprise de
papa, je ne me reconnais pas.
Peu importe. Mon instinct me dit que c'est juste un passage obligé. Un moyen d'ouvrir plus facilement et rapidement des portes pour le futur. Et ça tombe bien : je suis pressé.
Je suis en prépa et il faut bosser. J'ingurgite des tonnes d'infos, tel le foie d'un canard programmé pour finir sur une table à Noël. Je bosse même pendant les pauses, ce qui me vaudra les
surnoms de fatalitas et ad vitam aeternam. Une fatigue sourde peu à peu m'envahit, et un médecin me prescrit du guronsan pour me booster. Il me dit : surtout n'en prenez pas le soir. Le
soir même j'en prends deux pour voir et dort comme un bébé.
Le temps passe et je parle le strict minimum avec mes camarades de prépa. Je suis dans une sorte de prison bien ajustée, mais ça me va. La musique idéale pour ce type de situation reste pour moi
celle de The Cure. J'ai découvert le groupe avec le vinyle compil standing on a beach. Je me plonge alors dans une écoute intensive de leurs vieux disques. Particulièrement
Seventeen seconds et Faith. Je ne suis pas gothique, et malgré la noirceur de certaines compos, cette musique ne me rend pas triste. Au contraire, j'y trouve une sorte de
paix intérieure, une clarté obscure qui sied au garçon qui préfère l'ombre à la lumière.
La fin de la prépa approche, et je me déride un peu. Je tape même le baby-foot en salle de pause avec le radiocassette, que j'alimente abondamment en Cure... Au grand dam des oreilles de mes
camarades j'imagine avec le recul... Seventeen seconds, Faith, Disintegration, on a vu mieux comme ambiance sonore pour un baby.
Un après-midi de 1989, un étudiant français à l'université de Leeds, sans doute en vacances, surgit dans la salle de pause, sort ma cassette de Disintegration et engouffre celle du
premier album des Stone Roses, que je ne connais pas... Au bout de cinq minutes, je lui lance un "c'est quoi cette musique ?", ressort la cassette et remet Disintegration. Vexé, le
type part sans demander son reste. Sans le savoir encore, ces quelques notes vont pourtant changer ma vie.
En effet, quelques semaines plus tard, je récupère la cassette compilation d'une étudiante anglaise de Leeds, de passage en France grâce au programme Erasmus, qui fréquente assidument la
salle de pause. Le soir même à la maison, j'écoute cette compil qui s'ouvre sur la ligne de basse du désormais légendaire I wanna be adored des Stone Roses... Et là c'est le
choc ! En l'espace d'une chanson, un mur se brise dans mon univers musical et un espace immense s'offre à l'horizon... The Cure se désintègre peu à peu... C'est le début de mes
années anglaises et de Madchester... Mais ça, c'est déjà une autre histoire...
Stéphane Fleury
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