Mercredi 10 mars 2010 3 10 /03 /Mars /2010 17:00

thecure1989
Disintegration (1989). Un disque de The Cure.

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The Stone Roses (1989). Un disque de The Stone Roses.

En 1989 je suis en classe préparatoire pour intégrer une école de commerce. A l'époque, c'est super tendance. Nous sommes en plein dans les années Tapie, qui connaîtront leur apogée un soir de 26 mai 1993 sous la forme d'une tête croisée imparable de Basile Boli au fond des filets du Milan AC.

J'ai déposé mon dossier d'inscription le dernier jour à la dernière minute, et si je suis en prépa c'est donc presque complètement par hasard. Très tôt j'éprouve une grande indifférence pour cet univers, où règne l'émulation et la compétition. Entre les ambitieux aux dents longues qui rêvent déjà de jongler avec les millions, et ceux dont la place est déjà réservée dans l'entreprise de papa, je ne me reconnais pas.

Peu importe. Mon instinct me dit que c'est juste un passage obligé. Un moyen d'ouvrir plus facilement et rapidement des portes pour le futur. Et ça tombe bien : je suis pressé.

Je suis en prépa et il faut bosser. J'ingurgite des tonnes d'infos, tel le foie d'un canard programmé pour finir sur une table à Noël. Je bosse même pendant les pauses, ce qui me vaudra les surnoms de fatalitas et ad vitam aeternam. Une fatigue sourde peu à peu m'envahit, et un médecin me prescrit du guronsan pour me booster. Il me dit : surtout n'en prenez pas le soir. Le soir même j'en prends deux pour voir et dort comme un bébé.

Le temps passe et je parle le strict minimum avec mes camarades de prépa. Je suis dans une sorte de prison bien ajustée, mais ça me va. La musique idéale pour ce type de situation reste pour moi celle de The Cure. J'ai découvert le groupe avec le vinyle compil standing on a beach. Je me plonge alors dans une écoute intensive de leurs vieux disques. Particulièrement Seventeen seconds et Faith. Je ne suis pas gothique, et malgré la noirceur de certaines compos, cette musique ne me rend pas triste. Au contraire, j'y trouve une sorte de paix intérieure, une clarté obscure qui sied au garçon qui préfère l'ombre à la lumière.

La fin de la prépa approche, et je me déride un peu. Je tape même le baby-foot en salle de pause avec le radiocassette, que j'alimente abondamment en Cure... Au grand dam des oreilles de mes camarades j'imagine avec le recul... Seventeen seconds, Faith, Disintegration, on a vu mieux comme ambiance sonore pour un baby. 

Un après-midi de 1989, un étudiant français à l'université de Leeds, sans doute en vacances, surgit dans la salle de pause, sort ma cassette de Disintegration et engouffre celle du premier album des Stone Roses, que je ne connais pas... Au bout de cinq minutes, je lui lance un "c'est quoi cette musique ?", ressort la cassette et remet Disintegration. Vexé, le type part sans demander son reste. Sans le savoir encore, ces quelques notes vont pourtant changer ma vie.

En effet, quelques semaines plus tard, je récupère la cassette compilation d'une étudiante anglaise de Leeds, de passage en France grâce au programme Erasmus, qui fréquente assidument la salle de pause. Le soir même à la maison, j'écoute cette compil qui s'ouvre sur la ligne de basse du désormais légendaire I wanna be adored des Stone Roses... Et là c'est le choc !  En l'espace d'une chanson, un mur se brise dans mon univers musical et un espace immense s'offre à l'horizon...  The Cure se désintègre peu à peu... C'est le début de mes années anglaises et de Madchester... Mais ça, c'est déjà une autre histoire...

Stéphane Fleury 

Par Stefan Faith - Publié dans : Music
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Vendredi 15 mai 2009 5 15 /05 /Mai /2009 14:07



Voilà ce que j'appellerais un OFNI. Un objet filmé non identifié. A la fois documentaire animalier, aventure humaine, réflexion sur la différence, et pourquoi pas conte mystique, je n'avais jamais rien vu de tel jusqu'à présent.
 

Le héros du film, Timothy Treadwell, de son vrai nom Timothy Dexter, a passé ses 13 derniers étés (environ quatre mois à chaque fois), seul parmi les grizzly dans des régions reculées de l'Alaska. Avec sa caméra il a filmé des centaines d'heures compilées dans ce long métrage de 1Heure40.   

Au départ sa mission consiste à éduquer le public. Pendant les autres mois de l'année il présente les ours aux enfants dans les écoles, gratuitement, simplement pour les sensibiliser sur le sujet et dans un souci de protection de l'espèce. Sa constance et son dévouement pour la cause animale lui valent une certaine célébrité.

Mais peu à peu on s'aperçoit que le film de Timothy va bien au delà du simple documentaire animalier. Il ne filme pas les ours à bonne distance, il va directement au contact, leur parle, se baigne avec eux comme s'il était l'un des leurs.

En allant plus loin dans le film, et en entendant le témoignage de ses parents, on apprend que Timothy a eu une enfance tout ce qu'il y a de plus normal. Néanmoins, il souhaitait devenir acteur, il a passé des essais mais a échoué. C'est cet événement qui lui fait peut-être vouloir s'échapper de sa condition d'homme. Il pense pouvoir trouver refuge dans le monde des ours.  Il croit que c'est un monde plus simple. Mais c'est un monde différent qui répond à d'autres codes que les nôtres. C'est également un monde plus dur. La scène de combat qui oppose deux ours se battant pour une femelle est d'une brutalité hallucinante.

Son incompréhension du monde humain se transpose parfois dans celui du monde des ours. Il ne comprend pas qu'un mâle puisse tuer les petits d'une femelle simplement pour pouvoir s'accoupler à nouveau avec elle. Il ne conçoit pas que le manque de poissons conduise une mère affamée à manger ses propres petits. Timothy est entre deux mondes, il veut d'une certaine façon quitter celui des hommes pour lequel il ne se sent pas spécialement bien disposé, et entrer dans celui des ours auquel il n'arrive finalement pas à accéder. La différence entre l'humain et l'ours est trop grande. Et malgré ses efforts, il ne sera jamais vraiment un des leurs. Cette incapacité à trouver sa place, toujours en équilibre instable, rend le film troublant à bien des égards.

Se faisant, Timothy franchit une frontière entre le monde des humains et celui des ours et s'expose à un danger bien réel inhérent à sa proximité avec les ours. On s'aperçoit que c'est une quête de soi et que parmi les ours il se sent meilleur, utile enfin. La scène où il se filme en remerciant les animaux de l'avoir en quelque sorte révélé à lui-même avec des trémolos dans la voix et des larmes est d'une émotion très touchante.

Plus les images défilent et plus on s'attache à Timothy, tour à tour émouvant (les liens qu'il tisse au fil des années avec une famille de renards sont d'une beauté pure et naturelle) , un peu pathétique lorsqu'il insulte copieusement les hommes, agaçant à voir des braconniers partout ( il sombre parfois dans la paranoïa) , mais le plus souvent drôle et bouleversant. La scène la plus émouvante se situe lorsqu'il invoque tous les dieux de la terre pour faire pleuvoir. La chaleur est telle, il n'a pas plu depuis deux mois, que l'eau s'évapore et les saumons n'arrivent plus à remonter le fleuve, les ours n'ont plus rien à manger. Alors Timothy prie de toute son âme et miracle la pluie arrive.

J'occulte volontairement le big event, l'événement qui fait de ce film une pièce unique. Il est révélé relativement tôt dans le film, mais je préfère vous en laisser la primeur. C'est sans doute la chose la plus étonnante que vous verrez de votre vie dans un documentaire animalier.

Ainsi, si vous avez 1Heure40 devant vous, jetez un œil à cet OFNI. Timothy est-il un illuminé, un acteur génial, ou tout simplement un être en quête de soi, à la recherche de sa vraie place dans le monde ?  Peu importe finalement.  Timothy ne vous laissera pas indifférent.

Stéphane le 14 Mai 2009

Par Stefan Faith - Publié dans : Films
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Dimanche 12 avril 2009 7 12 /04 /Avr /2009 23:03

Modern Life Is Rubbish (1993) Un disque de Blur.


 

Suede (1993) Un disque de Suede.

 

1993.  Grâce à un certain Erasmus je termine mes études supérieures en Angleterre. Pas à Londres comme la plupart des Frogs mais à Leeds, bien ancré au Nord de la perfide Albion.

Les clichés sur la ville sont légion. Architecture triste due à l'héritage de la toute puissance industrielle britannique maintenant évanouie, mauvais temps, et mal bouffe. Evidemment lorsque l'on vit là-bas on s'aperçoit bien vite que ces idées reçues ne tiennent pas... La ville a de jolis coins, des parcs immenses, des bâtiments universitaires de briques rouges qui ont une histoire et une âme, le climat est tempéré, la bière coule à flots et les onion rings arrosés de vinaigre sont parmi les plats les plus surprenants en bouche. Mais surtout Leeds grouille de vie... Les pubs, les boîtes de nuit sont pleins à craquer en permanence. La musique est omniprésente et toujours au coeur des conversations. Les gens sont accueillants, accessibles et le regard bienveillant, pas celui du genre à juger de prime abord. Cette dernière caractéristique permet toutes les excentricités vestimentaires ou comportementales qui font le charme de nos amis britanniques.

Je ne suis jamais autant sorti qu'en cette année 1993 qui reste pour moi celle d'un immense tourbillon de bières, de mouvements frénétiques sur le dance-floor, de rencontres sans lendemain, de l'amitié fidèle aussi qui m'évite parfois de franchir trop loin la frontière. Avec le recul, je crois que 1993 était une année de chaos nécessaire avant de trouver la paix intérieure. Malgré ce chaos, tous mes amis proches ont décroché le diplôme de l'université, et moi aussi. Grâce à une méthode qui a fait ces preuves. Chacun travaille sur un thème de révision précis et prépare des fiches pour les autres, que l'on s'échange. Simple et efficace cette méthode réserve parfois des surprises. Je me souviens encore de Véronique obtenant une meilleure note que moi avec mes fiches sur les fixed assets et les mêmes examinateurs ! 16 ans après je ne comprends toujours pas !

Pour en revenir à la musique, en 1993 ce n'est pas Blur qui monopolise le devant de la scène mais un quatuor de garçons au look androgyne savamment entretenu. Suede cartonne dans les charts, Suede fascine sur scène, c'est le groupe hype par excellence qui fait tourner la tête des filles mais aussi celle des garçons. Suede est un groupe animal qui parle de sexe, d'une jeunesse perdue qui ne sait pas très bien où elle va mais avide d'expériences en tous genres, une jeunesse à la "We want the world and we want it now !" comme le clamait Jim Morrison dans la chanson When the music's over.  La voix de Brett Anderson, charmeuse à souhait, vous prend au cœur pendant que les riffs de Richard Butler ensorcellent et font tortiller les corps. Suede joue la surenchère de l'outrance n'hésitant pas à régler ses comptes dans ses chansons. She's not dead est une chanson revancharde que Brett Anderson, le leader de Suede, envoie dans les gencives du leader de Blur, Damon Albarn, coupable de lui avoir volé sa petite amie. Et il est charge à mort l'animal : "She's fucking with a slip of man, while the engine ran".

Blur choisit une voix diamétralement opposée et compose la même année un album anglocentrique qui capte les petits riens de la vie anglaise...  Du citadin écrasé par la ville et qui rêve de vacances (Advert), de l'employé de bureau zélé qui arrive toujours à l'heure (Colin Zeal) jusqu'à la famille qui se réunit le dimanche avant la ballade incontournable au parc (Sunday, Sunday), Damon Albarn croque avec génie les fondamentaux de la vie anglaise avec un talent d'écriture précis, magique et hallucinant. Le disque se vend à 15000 exemplaires seulement et Blur est à deux doigts de se faire virer de sa maison de production. Pourtant, pour tous ceux qui ont acheté le disque à l'époque , et dont évidemment je fais partie, Modern Life Is Rubbish a été et demeure encore une source constante d'émerveillement, que ce soit pour la qualité des lyrics, la variété des ambiances musicales et ce savant mélange entre espoir (Starshaped), fête (Villa Rosie) et mélancolique résignation ( Blue Jeans, Miss America et Resigned) qui caractérisaient si bien les anglais du nord en 1993. L'Angleterre, à la recherche de sa puissance perdue, se raccroche à ses traditions et à son mode de vie et peine à entrer dans l'ère moderne.

En 1993, il n'y a pas photo, Suede écrase Blur à plate couture dans les charts et en couverture des magazines... 16 ans plus tard pourtant, Suede n'existe plus et à part les deux premiers albums tout le monde les a presque oubliés, alors que Blur s'apprête à sortir en 2009 son huitième album. Damon Albarn demeure un des piliers actuels de la musique anglaise que cela soit avec Blur, Gorillaz ou des projets transversaux comme son opéra chinois ( Monkey - A Journey To The West) et sa collaboration avec des artistes africains (Mali Album) sans oublier The Good, the Bad and The Queen avec l'ex-bassiste des clash. A lui seul, Albarn, anglocentrique autrefois enroulé dans l'union jack et son conservatisme a su évoluer et s'ouvrir au monde, devenant ainsi le meilleur ambassadeur de son pays.

Comme quoi, ne jamais se fier aux clichés, ne jamais juger trop vite et laisser passer un peu de temps avant de tirer des conclusions. C'est aussi cela la leçon de mon année 1993.

Stephane Dimanche 12 Avril 2009 

 

 

Par Stefan Faith - Publié dans : Music
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Mardi 24 mars 2009 2 24 /03 /Mars /2009 11:22

Une jolie fable sur le droit à la différence.  Un matin, un petit garçon, orphelin de guerre, mais tout à fait normal et intégré dans son environnement, se réveille avec les cheveux verts. Changement sans importance, puisqu'au fond il est toujours le même, mais du jour au lendemain le regard des autres sur lui change. Il devient la bête curieuse, l'élément étrange... On l'observe, on parle de lui dans la rue et finalement on le rejette. Se pose alors la question du cheminement vers l'acceptation de sa différence quel qu'en soit le prix ou la tentation de la renier pour éviter d'affronter le regard des autres. Etre soi-même ou être celui que les autres veulent voir, telle est la question. Losey soulève le problème de la manière la plus simple qui soit, avec une différence complément anodine, qui rend le film intemporel bien que réalisé il y a plus de 60 ans.

Losey lui-même,  du reste, paiera personnellement le prix de sa différence et devra quitter son pays pendant le maccarthisme pour continuer à réaliser des films.

Il y a quelques scènes clés dans le garçon aux cheveux verts. La scène chez le coiffeur, d'une grande intensité dramatique. Et puis aussi, la scène centrale du film, dans laquelle rêve et réalité se rejoignent. Le petit garçon se retrouve au milieu des bois, pleurant sur son sort et ses cheveux verts quand émergent alors de nulle part tous les enfants orphelins de guerre du monde , ceux là mêmes qu'il a vus en photos sur les murs de sa classe lors d'une collecte de vêtements destinée à leur venir en aide. Ces orphelins de guerre sont dans un état pitoyable, blessés, en haillons mais ils voient dans le garçon aux cheveux verts, orphelin comme eux, un formidable ambassadeur de leur cause. Ils font de sa différence un atout. Ils disent : tout le monde saura que tu es le garçon aux cheveux verts, va dire à tout le monde d'arrêter la guerre et plus jamais il n'y aura d'orphelins de guerre.

Certains ont jugé les effets de cette scène centrale un peu appuyés, mais à la vérité ce tableau est déchirant et inquiétant car l'action du film se passe en pleine seconde guerre mondiale. L'Europe vit sous les bombes et l'Amérique tremble. Comme on le sait, les Américains ne seront pas frappés directement sur leur sol, mais la peur est là dans l'air, et ceci d'autant plus lorsque l'on ne sait pas très bien quelle forme prendra le danger. Un peu comme la crise que nous traversons en ce moment. La crise, cette bête sans visage tapie dans l'ombre et dont tout le monde espère qu'elle ira seulement taper à la porte du voisin.

Dean Stockwell est formidable dans son rôle de petit garçon à la fois fort, déterminé, mais aussi apeuré par la situation de ses cheveux verts. Pour les cinéphiles endurcis, Dean Stockwell apparait 38 ans plus tard dans le Blue Velvet de David Lynch, mais ça c'est une autre histoire.


Stéphane le mardi 24 mars 2009 11Heures16.

Par Stefan Faith - Publié dans : Films
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Mardi 24 mars 2009 2 24 /03 /Mars /2009 10:26
Des disques, des livres, des films et pourquoi pas des petites réflexions avant archivage dans un coin de ma mémoire ou à la cave, ce qui revient au même.
Par Stefan Faith - Publié dans : Divers
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